Élections en Allemagne : La Survie de Friedrich Merz Ne Tient Plus Qu’À UN Fil

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Les mauvaises nouvelles continuent de sortir des urnes pour le chancelier allemand Friedrich Merz. Son parti, la CDU (l’Union des chrétiens démocrates), a subi deux nouvelles déconvenues lors des élections régionales à Berlin et dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, dimanche 20 septembre. 

Il y a deux semaines à peine, la CDU dégringolait déjà de près de 20 points dans le Land de Saxe-Anhalt pour y céder sa place de force politique dominante au parti d’extrême droite AfD.

"Un Désastre" Pour Friedrich Merz

Cette fois-ci, le tableau n’est pas beaucoup plus rose. Dans la capitale allemande, la CDU réussit certes à se maintenir en seconde position avec 20 % des voix derrière les grands vainqueurs du jour, la gauche radicale de Die Linke. Mais le parti conservateur a perdu plus de 8 points.

C’est surtout en Mecklembourg-Poméranie-Occidental - le Land au nord-est de l’Allemagne à la frontière avec la Pologne - que le parti de Friedrich Merz subit la plus forte déroute électorale de son histoire alors que l'AfD arrivait en tête. Avec 5,1 % des voix peu après 18h, il n’était même pas évident si en fin de soirée, la CDU réussirait à rester au-dessus du seuil de 5 % des votes nécessaires pour être représenté au Parlement régional. Ce serait une première dans l’histoire politique allemande.

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Réessayer

"Pas la peine d’essayer d’embellir les résultats en Mecklembourg-Poméranie-Occidental, c’est un désastre", a reconnu Friedrich Merz, qui a pris la parole peu après l’annonce des premiers résultats. Pour son parti, cette pilule électorale est d’autant plus difficile à avaler que le Mecklembourg-Poméranie-Occidental représente le fief historique d’Angela Merkel, l’ex-chancelière allemande et figure tutélaire de la CDU pendant plus de 15 ans.

À Berlin, où les résultats sont certes moins catastrophiques, le recul électoral siffle probablement la fin de la participation de la CDU à un gouvernement de coalition. Une alliance Rouge-Rouge-Vert (SPD, Die Linke et les Verts) semble la mieux placée pour obtenir une majorité dans la capitale allemande. "C’est d’autant plus décevant pour la CDU qu’il y a peu encore, elle pensait pouvoir arriver en tête à Berlin", souligne Ed Turner, spécialiste de la politique allemande à l'université Aston de Birmingham.

Le signe le plus évident de la crise politique ouverte au sein de la CDU est "la rapidité avec laquelle Friedrich Merz a pris la parole quelques minutes seulement après les premiers résultats. C’est inédit pour un chancelier", assure Sarah Wagner, spécialiste de la politique allemande à la Queen's University Belfast.

"Un Homme Dos Au Mur"

Après le choc politique de la nette victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, "c’est Franziska Hoppermann, secrétaire générale fédérale de la CDU, et non pas Friedrich Merz qui a été la première responsable du parti à commenter les mauvais résultats du parti", souligne Ed Turner. Le chancelier avait attendu le lendemain pour évoquer le scrutin, comme s’il voulait mettre une certaine distance entre lui et le faible score de la CDU.

Impossible cette fois-ci. "Lors de l’élection en Saxe-Anhalt, c’était le score de l’AfD qui comptait le plus et le mauvais résultat de la CDU était un événement parmi d’autres. En Mecklembourg-Poméranie-Occidental, la déroute de la CDU et le rejet de la politique de Friedrich Merz sont des éléments centraux", explique Sarah Wagner.  

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En prenant la parole à peine les résultats connus, le chancelier "a donné l’impression d’un homme dos au mur qui veut surtout faire taire au plus vite les rumeurs sur son éventuel retrait", assure la politologue. Il a, en effet, assuré que "la meilleure façon de combattre les extrêmes était de poursuivre son programme de réformes".

Son parti va-t-il continuer à l’écouter et le soutenir ? Il devient de plus en plus évident que Friedrich Merz représente un boulet électoral pour la CDU. Un sondage réalisé par la ZDF, l’une des principales chaînes de télévision allemandes, a révélé que pour les 70 % des électeurs de la CDU en Mecklembourg-Poméranie-Occidental la personnalité de Friedrich Merz est davantage un handicap qu’un plus pour le parti. Seulement 1 % de ces électeurs pensaient l’inverse. 

Certes, le tiercé de mauvais résultats pour la CDU en septembre (Saxe-Anhalt, Berlin et Mecklembourg Poméranie Occidentale) provient essentiellement de l’ex-Allemagne de l’Est. "Ce n’est pas la même dynamique électorale que dans les régions de l’ouest", reconnaît Ed Turner. 

Survivre Jusqu’à Quand ?

Pourtant, cette fois-ci ces résultats semblent plutôt enfoncer le clou pour Friedrich Merz. "Il est actuellement le chancelier le plus impopulaire de l’histoire moderne allemande", souligne Ed Turner. Sa côte de popularité plafonne à… 15 %.

Malgré cela, les experts interrogés pensent que Friedrich Merz a encore un avenir en tant que chancelier. "Quatre jours avant ces scrutins, les ministres-présidents CDU en Allemagne ont rédigé un communiqué commun pour apporter leur soutien à Friedrich Merz et assurer qu’ils ne cherchaient pas à le remplacer dans l’immédiat", note Ed Turner.

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Un statut-quo qui convient pour l’instant à la CDU "essentiellement pour des raisons tactiques", estime Sarah Wagner. Si Friedrich Merz était poussé vers la sortie, "il existe un risque d’élections générales anticipées qui pourraient voir une nouvelle poussée de l’extrême droite", affirme-t-elle.

La survie politique du chancelier le plus impopulaire de l’Allemagne post-Seconde Guerre mondiale ne tient clairement plus qu’à un fil. Pour le renforcer, Friedrich Merz aurait besoin d’une victoire électorale pour la CDU quelque part en Allemagne… Seulement, il n’y a plus de scrutin avant le printemps 2027. 

La prochaine échéance importante pour la CDU concerne les élections régionales en Rhénanie-du-Nord-Westphalie en avril 2027. Le parti du chancelier a de bonnes chances d’y réaliser un bon score… mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour Friedrich Merz : le candidat de son parti, Hendrik Wüst, est considéré comme son principal rival. Donc, assure Ed Turner, "si la CDU remporte ces élections, comme c’est probable, Friedrich Merz ne pourra même pas s’en vanter".