Nobel de la Paix 2026 : Soudan, Gaza, CPI... Les Organisations en Première Ligne
Oubliez Donald Trump, Volodymyr Zelensky ou encore Mark Carney : le lauréat du prix Nobel de la paix 2026, qui sera remis vendredi 9 octobre à Oslo, a de bonnes chances d'être une ONG ou une institution. Une manière pour le comité Nobel de saluer le travail de l'ombre d'ouvriers de la paix qui sauvent des vies au Soudan, protègent des enfants à Gaza ou luttent contre l'impunité dans les arcanes de la justice internationale.
"Le véritable travail de construction de la paix s’effectue souvent loin des gros titres", a récemment fait valoir Haakon Gjerliow, directeur par intérim du Peace Research Institute Oslo (PRIO) dans une tribune publiée dans The Guardian.
Depuis 1901, le Comité Nobel norvégien a récompensé à plus de 30 reprises des organisations œuvrant pour la paix, dont trois distinctions rien que pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en 1917, 1944 et 1963. Une habitude qui semble s'être renforcée ces dernières années : depuis 2022, le comité Nobel a systématiquement alterné entre organisations et personnes physiques. Si l'on suit cette logique, c'est donc au tour d'une ONG ou d'une institution d'être récompensée après la désignation l'année dernière de l'opposante vénézuélienne, Maria Corina Machado.
Considérée comme l'un des prix les plus prestigieux au monde, le prix Nobel offre régulièrement un coup de projecteur à des institutions onusiennes ou des travailleurs humanitaires. Il s'accompagne également d'un soutien financier non négligeable : pour cette édition 2026, le lauréat remportera un chèque de 12 millions de couronnes suédoises, soit plus d'un million d'euros, la plus grosse dotation de l'histoire du prix.
Les Cellules D'intervention D'urgence Au Soudan
C'est l'un des favoris des bookmakers. Les "Cellules d’intervention d’urgence" (ERR) sont des organisations de quartier autogérées qui assistent la population au Soudan en fournissant une aide médicale ou en gérant des cuisines communautaires. Elles sont également une source précieuse d'information pour les médias internationaux dans un conflit peu documenté. Déclenché le 15 avril 2023, la guerre entre l’armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'est transformé en la plus grave crise humanitaire et de déplacement au monde, selon l'ONU.
Save The Children
Le comité Nobel pourrait également choisir de mettre en avant le sort des plus fragiles dans les conflits armés à travers l'ONG Save the Children. Créée en 1919 à Londres, cette organisation promeut les droits de l'enfant et apporte des secours d'urgence dans 110 pays à travers le monde. Elle l'a notamment récemment fait à Ceuta auprès de mineurs marocains.
Son action humanitaire est d'autant plus importante en raison de la multiplication des guerres. Selon l'Unicef, 460 millions d'enfants, soit un enfant sur six, vit dans une zone de conflit, et en 2025, on recensait 65 conflits armés impliquant au moins un État, un record depuis 1946. Avec des conséquences dramatiques pour les plus jeunes : enrôlement forcé, abus sexuel, malnutrition, absence d'éducation, blessures liées à persistance de mines antipersonnel...
La Cour Pénale Internationale
Depuis qu’elle a délivré un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine en mars 2023, puis contre Benjamin Netanyahu en novembre 2024, la Cour pénale internationale (CPI) fait face à une offensive sans précédent. La Russie a riposté en criminalisant toute coopération avec la Cour. Les États-Unis ont à leur tour sanctionné 13 responsables de l’institution et promis son "démantèlement". L’autorité de la CPI a également été fragilisée par le retrait coordonné du Burkina Faso, du Mali et du Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), puis ceux du Tchad et du Venezuela en juillet 2026 et enfin par le départ forcé du procureur Karim Khan, visé par des allégations d’agression sexuelle.
En l’espace de quelques années, la CPI a ainsi vu se multiplier les pressions politiques, les sanctions et les contestations de son autorité. Récompenser la CPI - qui juge des individus - et/ou la Cour pénale de justice - qui juge des États - enverrait un message fort de soutien à ces institutions.
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Le Comité Pour La Protection Des Journalistes
Les années passent et se ressemblent pour les journalistes : en 2025, un nombre record de 130 professionnels des médias ont été tués. La guerre à Gaza est devenue la zone de guerre la plus meurtrière pour les journalistes de l’histoire moderne. Au-delà des risques mortels encourus par les reporters de guerre, les assassinats ciblés et les menaces des réseaux criminels se poursuivent à un rythme alarmant.
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Parallèlement, la liberté de la presse est au plus bas depuis 25 ans, selon Reporters sans frontières (RSF). Elle continue de reculer à travers le monde et ce, même dans des démocraties réputées solides. Dans ce contexte, le Nobel pourrait distinguer le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une organisation de surveillance basée aux États-Unis qui recense les données sur les journalistes agressés ou tués et défend les professionnels des médias dans l'exercice de leur fonction.
Standing Together
Fondé en 2015, ce mouvement rassemble des citoyens palestiniens et juifs pour promouvoir la paix, l'égalité, la justice sociale et la fin de l'occupation israélienne des territoires palestiniens. Forte de plus de 5 000 membres, l'association joue un rôle de premier plan dans l'opposition à la guerre à Gaza depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023.
Ces activistes s'opposent sur le terrain à la violence des colons en tentant de protéger les familles palestiniennes en Cisjordanie occupée. Alors que la solution à deux États semble plus que jamais au point mort, un prix Nobel décerné à Standing Together serait un puissant message de paix, tandis que se profilent des élections législatives en Israël à la fin du mois.
La Station Spatiale Internationale (Iss)
Moins probable mais pas totalement absurde, la station spatiale internationale (ISS) est considérée comme un modèle de coopération. À l'heure où le multilatéralisme est mis à mal par les velléités impérialistes de la Russie, de la Chine et des États-Unis de Donald Trump, elle montre que des rivaux géopolitiques peuvent dépasser leurs divergences sur Terre pour faire avancer l'Humanité dans l'espace.
Par ailleurs, le Nobel enverrait un signal aux puissances mondiales alors que la question de la militarisation de l'espace se pose avec de plus en plus d'acuité. Le mois dernier, l'US Space Force a confirmé posséder des "systèmes de contrôle spatial armés en orbite" d'agir "contre des actions hostiles d'adversaires", un déploiement effectué en réponse au développement des capacités russes et chinoises, a justifié Washington.