Procès de L'Assassinat de Federico Aramburu : L'Heure des Réquisitions pour le "Tandem Maléfique"
Leurs dénégations tout au long des 13 journées d'audience n'ont pas convaincu l'avocat général, qui a rendu, mercredi 23 septembre, ses réquisitions dans le procès de l'assassinat de Federico Martin Aramburu. L'accusation a réclamé 27 ans d'emprisonnement pour assassinat contre Loïk Le Priol (32 ans) et 20 ans pour Romain Bouvier (35 ans) pour tentative d'assassinat.
L'avocat général Philippe Courroye a, pendant ses 3 h 40 de réquisitoire, longuement parlé de la "chasse à l'homme" menée par ce "tandem maléfique". Elle s'est déroulée après une rixe alcoolisée de fin de soirée, débutée sur la terrasse d'une brasserie parisienne, avec l'ancien rugbyman Federico Aramburu et Shaun Hegarty, son ami, ex-coéquipier et associé au sein d'une agence événementielle.
Il a par contre demandé que Lyson Rochemir (29 ans), compagne à l'époque de Loïk Le Priol, soit acquittée de l'accusation de complicité de tentative d'assassinat. Elle reste poursuivie pour soustraction et destruction de preuves et risque trois ans de prison, tout comme Antony Sorrentino, qui a notamment aidé Romain Bouvier à s'enfuir.
Au cours du procès, la cour d'assises de Paris s'est penchée sur la relation amicale de longue date entre Loïk Le Priol et Romain Bouvier, qui n'avaient pourtant plus le droit de se fréquenter depuis 2017 en raison de déboires judiciaire communs.
Le soir des faits, ils n'auraient théoriquement pas dû être ensemble car ils étaient soumis à un contrôle judiciaire pour leur implication dans le passage à tabac, en octobre 2015, d'un dirigeant de l'organisation étudiante Groupe Union défense (GUD). Un mouvement radical et violent, dissous en juin 2024, au sein duquel les deux principaux accusés se sont rencontrés au début des années 2010.
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L'agression extrêmement violente d'Édouard Klein leur a valu d'être condamné en juin 2022 à de la prison ferme : trois ans pour Romain Bouvier et deux ans pour Loïk Le Priol, qui s'était vu reconnaître une altération de la responsabilité en raison d'un trouble de stress post-traumatique (TSPT), héritage de ses années militaires.
Trois semaines plus tôt, leur accident de la route avait laissé une jeune femme dans le coma, alors que Loïk Le Priol conduisait ivre. Et, en février 2015, ils avaient déjà violemment agressé deux fêtards qui avaient grimpé dans la jeep de Loïk Le Priol en sortie de boîte de nuit.
Ces actes de violence avaient déjà eu de lourdes conséquences sur le parcours des deux amis : membre décoré des forces spéciales, Loïk Le Priol avait été radié des cadres de l'armée en 2017 après une hospitalisation pour des troubles psychologiques et quelques mois après avoir été mis en cause dans une agression contre une Éthiopienne, à Djibouti. Ancien étudiant de l'université d'Assas, Romain Bouvier se destinait, lui, à devenir avocat.
L'épilogue Sanglant D'une Dispute Alcoolisée
Leurs relations ont été au cœur des débats qui se sont déroulés dans salle Voltaire du palais de justice. Romain Bouvier a parlé cette semaine "d"un grand lien amical quasi fraternel". Une amitié jugée "toxique" par son ancien compère devant cette même cour.
Les deux principaux accusés se sont ignorés dans le box qu'ils ont partagé, restant souvent la tête baissée lorsqu'ils ne prenaient pas de notes. Sur les bancs de la salle ont pris place de nombreux soutiens de la famille de la victime.
Loïk Le Priol a été le premier à pouvoir exprimer ses regrets aux proches de Federico Aramburu, qui était père de trois enfants. Le 19 mars 2022, il a fait feu six fois sur la victime. "Je ne cesserai jamais de demander pardon", a-t-il déclaré dès l'ouverture du procès, le 7 septembre, après avoir reconnu être responsable de sa mort.
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Des experts psychiatres ont relevé la semaine dernière les "traits psychopathiques manifestes" de Loïk Le Priol, sa tendance à se poser en victime et à fuir ses responsabilités.
Il a ainsi minimisé, pendant le procès, son engagement d'ultradroite et nié être raciste. Y compris confronté aux images retrouvées dans son téléphone, comme des photos du "George Floyd Challenge", défi populaire dans les milieux suprémacistes blancs consistant à rejouer la mort de cet Américain noir étouffé par un policier, ou ce photomontage montrant Marine Le Pen tenant une pancarte "Bon ramadan les bougnoules". Loïk Le Priol a expliqué qu'il appartenait à de nombreux groupes sur les réseaux sociaux sans en endosser les contenus.
Dix Balles Tirées, Une Victime Désarmée
Collectionneur d'armes, Romain Bouvier a lui aussi appartenu à la mouvance de l'ultradroite parisienne. Il a été interrogé à propos de la présence, dans son appartement, d'un exemplaire de "Mein Kampf" datant de 1933 et d'autres ouvrages qualifiés de "sulfureux" par le président de la cour. Une figurine de Hitler a également été retrouvée. L'accusé a répondu que les livres politiques ne représentaient "même pas 5 % de ma bibliothèque", en précisant détenir aussi bien des volumes" en lien avec l'extrême gauche" que "sur le nazisme et le fascisme".
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Brillant lors des concours de plaidoirie pendant ses études de droit, il s'est exprimé avec beaucoup d'aisance devant la cour, dans une langue parfois recherchée. Il parle ainsi d'une "algarade verbale" sur la terrasse de la brasserie Le Mabillon et se souvient avoir été "interloqué" en voyant Federico Aramburu faire chuter Loïk Le Priol, un geste qui déclenchera la première bagarre.
Les belligérants sont séparés et la tension retombe sur la terrasse après le départ des anciens rugbymen. Romain Bouvier a affirmé avoir appris quelques minutes plus tard qu'ils étaient "en train de massacrer" son ami Loïk Le Priol un peu plus loin sur le boulevard Saint-Germain. Il est alors monté à bord de la jeep militaire garée devant le restaurant, dans le but, selon lui, de retrouver celui qu'il imagine "étendu et pantelant".
Installée au volant, Lyson Rochemir n'a eu à faire qu'une centaine de mètres avant d'apercevoir Shaun Hegarty et Federico Aramburu. Ils marchent et Loïk Le Priol n'est pas sur les lieux. Après l'arrêt de la jeep, une discussion houleuse a commencé avec Federico Aramburu. Romain Bouvier est descendu du véhicule avec un pistolet chargé sur lui. Il a assuré qu'il avait pris l'habitude de sortir armé car il avait "eu vent de menaces de la part du père d'Édouard Klein".
Comme le montrent les images filmées par des caméras de surveillance, il s'est retrouvé face à Federico Aramburu, désarmé, au milieu du boulevard Saint-Germain. Il lui a tiré quatre fois dessus, le touchant deux fois. Deux tirs qui, selon les experts légistes convoqués par la justice, auraient pu s'avérer létaux.
"Le but était de viser vers le sol", a garanti l'accusé, pourtant rompu au maniement des armes et adepte des séances de tir. Romain Bouvier a évoqué alors la panique et l'angoisse, un "effet tunnel" qui lui a fait perdre ses moyens et sa lucidité. "Je n'ai pas voulu faire ce que j'ai fait", a-t-il affirmé avec des sanglots dans la voix, en disant ressentir "une culpabilité immense".
Loïk Le Priol a rejoint vers 6 h 10 la jeep en courant après avoir entendu les tirs. Une nouvelle bagarre a débuté avec Federico Aramburu. Elle a tourné à l'avantage de celui qui venait pourtant d'être touché par deux balles. "J'ai reçu des coups, j'étais acculé. Fracture du nez, fracture des dents. Qu'est-ce qu'il fallait que je fasse ?", a demandé Loïk Le Priol à la cour. Sa réponse a été de sortir l'arme qu'il portait à sa ceinture et de tirer par "pur réflexe militaire". Il a vidé les six balles de son barillet. Selon les médecins légistes, les deux dernières ont été mortelles, tirées dans le dos de la victime.
Avec AFP